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ABA et autisme

Dernière mise à jour : 9 sept.


Enfant utilisant un support visuel structuré dans le cadre d’un accompagnement en ABA

Quand on parle d’autisme, on parle presque toujours d’accompagnement. Et dans la majorité des cas, on parle aussitôt d’ABA, l’analyse appliquée du comportement. Cet acronyme est devenu incontournable, au point qu’il semble aller de pair avec le mot autisme.


Pourtant, la réalité est plus complexe. En France, nous accusons un retard important dans l’accompagnement des personnes autistes, qu’il s’agisse des enfants, des adolescents ou des adultes. Et ce retard concerne aussi l’ABA : nous continuons souvent à l’utiliser d’une manière très limitée, centrée sur la fonction du comportement, sans toujours tenir compte de la personne dans son ensemble.


Je l’ai découvert à mes dépens, à la fois comme maman d’un enfant autiste et comme professionnelle. Pendant longtemps, j’ai appliqué ce qui était préconisé. Mais quelque chose sonnait faux. Les pratiques manquaient d’humanité, et les résultats n’étaient pas toujours au rendez-vous. Un jour, j’ai décidé de faire différemment : d’utiliser l’ABA en l’alignant avec mes valeurs profondes, la compassion et l’empathie.


À partir de là, tout a changé. Je me sentais plus cohérente, plus juste. Et surtout, j’apportais aux parents et à leurs enfants ce qui nous manquait le plus : de l’humanité. Les progrès étaient visibles, durables, et le climat plus serein. Bien avant de lire la moindre recherche, je savais que c’était la bonne voie. Puis un jour, je suis tombée sur une étude scientifique qui est venue valider ce que je pratiquais déjà intuitivement.


L’ABA, la référence incontournable dans l’accompagnement de l’autisme


L’ABA (Applied Behavior Analysis, ou analyse appliquée du comportement) est une approche scientifique qui vise à comprendre et à modifier les comportements en fonction de leur contexte et de leurs conséquences. Elle est utilisée dans de nombreux domaines, mais c’est surtout dans le champ de l’autisme qu’elle est devenue la référence.


En France comme ailleurs, dès qu’il est question d’autisme, l’ABA est souvent la première approche évoquée. Pour beaucoup, elle est présentée comme la seule voie possible, voire comme un passage obligé. Cette place centrale s’explique par les nombreuses recherches qui ont montré son efficacité pour développer des compétences, soutenir l’apprentissage et réduire certains comportements qui entravent la vie quotidienne.


Mais réduire l’ABA à un ensemble de techniques pour “corriger” des comportements, c’est en trahir le sens. L’ABA, dans son essence, est une science de l’apprentissage et du comportement. Or, dans la pratique, elle est encore trop souvent utilisée de façon mécanique, avec une obsession pour la fonction du comportement : obtenir quelque chose, éviter une tâche, attirer l’attention, etc.


Analyser la fonction est utile. Mais si l’on s’arrête là, on passe à côté de ce qui compte vraiment : le vécu, les émotions et les valeurs de la personne. C’est cette réduction de l’ABA à une simple boîte à outils qui crée tant de critiques et d’incompréhensions. Et c’est aussi ce qui explique que les résultats ne soient pas toujours à la hauteur des attentes des familles.


Quand l’expérience personnelle remet tout en question


En tant que maman, j’ai été confrontée à ce décalage. Les recommandations que je recevais me semblaient froides, presque déshumanisées. Mon enfant n’était pas une “fonction du comportement” : il était un être humain avec ses émotions, ses besoins, ses valeurs.


En tant que professionnelle, je voyais la même chose. Les programmes pouvaient être bien construits sur le papier, mais sur le terrain, les enfants restaient frustrés, les parents épuisés, et les progrès fragiles.


C’est à ce moment-là que j’ai décidé de changer ma manière de pratiquer. J’ai choisi de placer la compassion et l’empathie au cœur de mon travail. Plutôt que de me concentrer uniquement sur ce qu’il fallait “corriger”, je me suis intéressée à ce qui avait de l’importance pour l’enfant.


Les effets ont été immédiats. Je me sentais plus alignée, plus en accord avec ce que je voulais apporter. Et surtout, les résultats étaient bien meilleurs : des enfants qui apprenaient à réguler leurs émotions, des parents qui comprenaient enfin ce que vivait leur enfant, et une dynamique familiale transformée.


Quand la recherche confirme l’importance des valeurs


Pendant un temps, j’ai eu l’impression d’être en marge. Je me demandais si j’étais vraiment “dans les clous” de l’ABA en la pratiquant de cette manière. Mais les résultats étaient là, et mon ressenti était sans appel : mettre les valeurs au centre changeait tout.


Puis, un jour, je suis tombée sur une étude qui a confirmé ce que j’avais déjà constaté. Publiée en 2021 par Dana Paliliunas, elle s’intitule Values: A Core Guiding Principle for Behavior-Analytic Intervention and Research.


Cette recherche explique que les valeurs doivent être considérées comme des principes directeurs en analyse du comportement. S’appuyant sur la Relational Frame Theory (RFT) et les travaux en Acceptance and Commitment Therapy (ACT), elle montre que les valeurs ne sont pas seulement des concepts abstraits : elles agissent comme des leviers puissants pour donner du sens aux apprentissages et renforcer durablement les comportements.


En d’autres termes, l’ABA n’a pas vocation à se limiter à l’analyse fonctionnelle. Elle peut et doit intégrer ce qui est important pour la personne, ce qui fait sens dans sa vie.


Pour moi, c’était une véritable validation. Ce que j’avais commencé à faire par intuition et conviction était en réalité soutenu par la science. Et cela changeait la manière dont je concevais l’accompagnement : ne plus chercher uniquement à remplacer un comportement par un autre, mais à comprendre les valeurs bafouées et à accompagner la personne à travers elles.


Comment ça se traduit dans l’accompagnement d'un enfant autiste ?


Pour illustrer concrètement cette différence, prenons l’exemple de Skander.


Situation de départ

Skander aime empiler des cubes en bois. Il s’applique, se concentre, mais certains cubes tombent. Il crie en les remettant, mais d’autres tombent encore. À mesure que la situation se répète, son agitation augmente.


Approche basée sur la fonction

L’analyse fonctionnelle conclurait que Skander crie pour obtenir de l’aide. On lui apprendrait donc un comportement alternatif, par exemple demander de l’aide avec un mot, un signe ou un pictogramme.

Mais le problème persiste. Même en demandant de l’aide, les cubes continuent de tomber. La frustration n’est pas résolue, et Skander reste en difficulté.


Approche basée sur les valeurs

Si l’on prend en compte les valeurs de Skander, on voit autre chose. Ce qui compte pour lui, c’est la prévisibilité, la routine et la perfection. Quand ces besoins ne sont pas respectés, il se dérégule.

L’accompagnement consistera alors à valider ses émotions et à l’aider à se réguler. On pourra lui dire : “Tu es contrarié car ça ne marche pas. Et si on faisait une pause et qu’on y revenait plus tard ?”  Skander acceptera alors de passer à une activité réconfortante (sa tablette, ses couvertures, ses vidéos préférées) pour retrouver son équilibre.

Ce qu’il avait besoin d’apprendre n’était pas à “demander de l’aide” pour empiler des cubes, mais à gérer la frustration quand les choses ne se passent pas comme prévu.


Ce que cela nous enseigne

Cet exemple montre que se concentrer uniquement sur la fonction peut limiter l’accompagnement, tandis qu’une approche basée sur les valeurs ouvre la voie à des apprentissages bien plus profonds :

  • apprendre à reconnaître ses émotions,

  • apprendre à traverser la frustration,

  • apprendre à se réguler pour revenir plus tard sur la tâche,

  • développer des compétences en résolution de problèmes.

En travaillant de cette manière, on ne se contente pas de répondre à une situation immédiate. On prépare l’enfant à affronter les défis du quotidien et à grandir avec des ressources solides.


Avant de juger une réaction comme “inadaptée”, rappelons-nous que nous aussi, adultes, avons besoin que nos émotions soient reconnues. Imaginez que vous montiez un meuble Ikea : chaque étape réserve une mauvaise surprise, la frustration monte, et quelqu’un vous dit simplement “il fallait demander de l’aide”.


Vous sentiriez-vous compris ?


C’est exactement ce que vivent les enfants autistes quand on réduit leurs comportements à une fonction. Ils n’ont pas seulement besoin d’apprendre à demander. Ils ont besoin qu’on reconnaisse leurs émotions et qu’on les aide à se réguler.

ABA et autisme ne doivent pas rimer avec rigidité et froideur. L’analyse appliquée du comportement peut être une approche profondément humaine, alignée avec la compassion et l’empathie. Les valeurs ne sont pas un “plus” : elles sont au cœur d’un accompagnement efficace et durable.

En repensant l’ABA sous cet angle, nous donnons aux enfants, adolescents et adultes autistes, non seulement des compétences immédiates, mais aussi des ressources pour grandir, s’autonomiser et mieux traverser les défis de la vie.


Si cette approche résonne avec vous et que vous souhaitez en savoir plus sur la manière dont je peux vous accompagner, je vous invite à me contacter directement par ici.

 
 
 

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