Autisme et troubles du comportement : comprendre ce qui se joue pour mieux prévenir
- Sonia Hamiane

- 6 déc. 2025
- 4 min de lecture

Quand on parle d’autisme, on évoque très souvent les troubles du comportement. Parents, enseignants, professionnels de l’accompagnement, et plus largement toutes les personnes amenées à accompagner des enfants autistes se retrouvent confrontées à des situations difficiles à comprendre. Ce qui questionne le plus, ce n’est pas uniquement le comportement en lui-même, mais le pourquoi il survient et comment y faire face sans aggraver la situation.
Ces situations peuvent se manifester de différentes façons et elles génèrent souvent de la fatigue, de l’inquiétude et un sentiment d’impuissance. Pourtant, ces manifestations ne sont ni imprévisibles ni déconnectées du fonctionnement de l’enfant.
Dans cet article, il sera question de difficultés comportementales, car ces comportements traduisent avant tout une difficulté à faire face à des exigences devenues trop coûteuses. Si le propos s’appuie sur l’autisme, les mécanismes décrits concernent également le TDAH et les autres troubles du neurodéveloppement, car ils reposent sur des fonctionnements communs du système nerveux.
Les difficultés comportementales comme signaux, et non comme problèmes
Les difficultés comportementales ne sont pas le point de départ du problème. Elles sont le résultat visible d’un déséquilibre entre ce que l’environnement demande et ce que l’enfant est en mesure de mobiliser à un instant donné.
Lorsqu’un enfant semble “déborder”, “s’opposer” ou “se fermer”, il ne s’agit pas d’un manque de coopération. Il s’agit d’un système nerveux qui ne parvient plus à s’adapter. Le comportement devient alors un signal, parfois le seul disponible, pour exprimer une surcharge ou une perte de contrôle interne.
Pour comprendre ces situations, il est indispensable de regarder ce qui se joue en amont.
La dérégulation émotionnelle : une réponse automatique du système nerveux
Chez les enfants autistes et plus largement chez les enfants avec un TND, la régulation émotionnelle est particulièrement sensible au contexte. Lorsque les exigences deviennent trop importantes, le système nerveux peut entrer en mode survie.
Ce mode survie n’est ni conscient ni volontaire. Il se déclenche lorsque le cerveau perçoit une menace, même si celle-ci n’est pas évidente pour l’adulte. Cette menace peut être liée à une surcharge sensorielle, à une incompréhension, à une pression temporelle ou à une accumulation de demandes.
Dans cet état, l’enfant n’a plus accès à ses capacités d’adaptation habituelles. Son comportement change parce que son fonctionnement interne change. Les réactions observées sont des réponses de protection, pas des choix.
Le rôle majeur du traitement sensoriel
Le traitement sensoriel joue un rôle central dans ces situations. Il influence directement l’état d’activation du système nerveux et la capacité de l’enfant à rester disponible.
Les informations sensorielles sont traitées en continu : sons, mouvements, contacts, lumières, perceptions internes. Chez certains enfants, ce traitement est plus intense, plus lent ou moins filtré. L’environnement devient alors rapidement coûteux.
Lorsque la charge sensorielle s’accumule, la régulation devient fragile. L’enfant peut chercher à fuir certaines sensations, en rechercher d’autres, ou se retrouver submergé. Le comportement observé est alors une tentative, souvent inefficace, de retrouver un équilibre.
Le coût cognitif du quotidien
Au-delà du sensoriel, le coût cognitif est souvent sous-estimé. Comprendre ce qui est attendu, traiter les informations, s’adapter aux changements, gérer le temps, inhiber certaines réponses : tout cela mobilise fortement les fonctions cognitives.
Chez les enfants autistes, TDAH ou autres TND, certaines de ces fonctions sont plus vulnérables. Lorsque les attentes sont implicites, rapides ou multiples, la surcharge cognitive s’installe. L’enfant peut alors sembler “ne plus suivre”, alors qu’il est simplement dépassé.
Là encore, le comportement ne pose pas problème en soi. Il indique que le seuil de tolérance est atteint.
Prévenir les difficultés en tenant compte du continuum de régulation
Les situations difficiles ne surgissent pas brutalement.
Elles s’inscrivent dans un continuum, allant d’un état de régulation stable à une dérégulation marquée, puis à une phase de récupération.
C’est lorsque l’enfant est stable que la prévention est la plus efficace. À ce moment-là, l’environnement peut être ajusté pour limiter la surcharge, soutenir la prévisibilité et réduire le coût sensoriel et cognitif. Ces ajustements ne sont pas des privilèges, mais des conditions nécessaires pour maintenir l’équilibre.
Lorsque des signes de pré-dérégulation apparaissent, l’enjeu n’est pas d’insister, mais de réduire la pression. Diminuer les exigences, ralentir, sécuriser permet souvent d’éviter une escalade.
Lorsque la dérégulation est installée : sécuriser avant tout
En phase de dérégulation, l’enfant n’a plus accès à ses capacités de réflexion, de compréhension ou de contrôle. Toute tentative d’explication ou de rappel à la règle est alors inefficace, voire délétère.
L’objectif devient la sécurité, à la fois physique et émotionnelle. Une présence calme, stable, non intrusive permet au système nerveux de progressivement redescendre. Moins il y a de sollicitations, plus la récupération est possible.
La co-régulation intervient ensuite, lorsque l’enfant commence à retrouver un minimum de disponibilité. Par le ton de voix, la posture, le rythme, l’adulte aide l’enfant à retrouver un état plus stable. Le corps est toujours le point d’entrée, bien avant le langage.
Autisme et troubles du comportement : ce qu'il faut retenir
Parler d’autisme et troubles du comportement sans analyser ce qui se joue en amont conduit souvent à des réponses inadaptées. Les difficultés comportementales ne sont pas des problèmes à corriger, mais des indicateurs précieux du fonctionnement de l’enfant et de son environnement.
C’est en ajustant les attentes, le contexte et la posture adulte, en fonction de l’état de régulation de l’enfant, que la prévention devient possible. Cette lecture permet d’agir avec plus de cohérence, pour les enfants autistes, ceux avec un TDAH et plus largement pour les enfants concernés par un trouble du neurodéveloppement.



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