Ce qu’il ne faut pas faire avec un autiste : précautions et suggestions
- Parent Autrement Contact

- 17 mai
- 7 min de lecture
Dernière mise à jour : 9 sept.

Lorsqu’un diagnostic d’autisme est posé, beaucoup de parents se demandent immédiatement ce qui les attend, ce qu’ils doivent faire et comment ils vont s’en sortir. Ils ont peur de commettre des erreurs, car personne ne leur dit clairement ce qu’il ne faut pas faire avec un enfant autiste, alors que c’est essentiel pour éviter d’ajouter du stress inutile et préserver la relation.
Dans le quotidien, la fatigue ou l’urgence amènent parfois à réagir avec de bons sentiments mais de mauvais réflexes. Ces attitudes peuvent sembler anodines, mais elles augmentent la surcharge, compliquent la communication et freinent les apprentissages.
Chaque enfant autiste est unique : certains parlent, d’autres non ; certains ont besoin d’une structure rigide, d’autres s’adaptent davantage aux imprévus. Pourtant, certaines erreurs reviennent souvent, non pas par manque d’amour, mais par méconnaissance ou à cause d’idées reçues.
L’objectif de cet article est simple : vous montrer concrètement ce qu’il ne faut pas faire avec un enfant autiste et proposer des alternatives respectueuses. En ajustant quelques gestes et quelques mots, vous facilitez la compréhension, réduisez les tensions et renforcez le lien de confiance avec votre enfant.
Ne pas laisser penser que l’autisme est une mauvaise chose
Pourquoi c’est problématique ?
Quand l’entourage parle de l’autisme comme d’un « problème » à corriger, l’enfant risque d’intérioriser la honte. Cette perception fragilise l’estime de soi et augmente l’anxiété. Elle peut aussi conduire l’enfant à masquer ses besoins pour « faire comme les autres », au prix d’un coût émotionnel élevé.
Exemples à éviter
Parler de l’autisme comme d’un fardeau.
Associer systématiquement une difficulté à l’étiquette « parce qu’il est autiste ».
Comparer l’enfant à des normes qui nient sa singularité.
Comment faire autrement
Valoriser la singularité et rappeler que l’autisme fait partie de l’identité.
Mettre en avant des modèles positifs de personnes autistes.
Employer un vocabulaire neutre et respectueux.
Répondre aux remarques maladroites de l’entourage par des faits et de la pédagogie.
À retenir : renforcer l’estime de soi protège, encourage l’initiative et favorise les apprentissages.
Ne pas compliquer inutilement les tâches
Pourquoi c’est problématique ?
Des consignes vagues ou trop longues créent de la surcharge. L’enfant ne sait pas par où commencer ni comment terminer. Cette incertitude provoque stress, blocages et abandons.
Exemples à éviter
Dire « Range ta chambre » sans préciser la première action.
Lancer une liste de quatre consignes d’un seul coup.
Utiliser un vocabulaire abstrait ou figuré pour une tâche concrète.
Comment faire autrement
Décomposer la tâche en petites étapes.
Donner une consigne à la fois, de façon simple et directe.
Utiliser des supports visuels (check-list, pictos, photos avant/après).
Montrer une fois, puis laisser faire, et valoriser chaque étape réussie.
À retenir : séquencer, simplifier, visualiser. C’est plus lent au départ, mais plus autonome à l’arrivée.
Ne pas bouleverser la routine sans préparation
Pourquoi c’est problématique ?
La routine rassure. Elle rend la journée prévisible et diminue l’effort d’adaptation. Un changement soudain peut déclencher anxiété, agitation ou refus.
Exemples à éviter
Annoncer une sortie « maintenant, on y va » sans avertissement.
Modifier l’ordre des activités sans explication.
Supprimer un repère important (doudou, objet, rituel) sans alternative.
Comment faire autrement
Prévenir dès que possible. Donner un repère temporel clair.
Afficher un planning visuel qui montre le changement.
Préparer la transition : minuteur, compte à rebours, étape-tampon.
Proposer une compensation (ex. garder un rituel portable, un objet de confort).
À retenir : anticiper réduit la charge. Expliquer rend le changement supportable.
Ne pas comparer l’enfant à ses pairs
Pourquoi c’est problématique ?
La comparaison génère un sentiment d’échec. Elle nie le rythme individuel et empêche de voir les progrès réels. Elle installe une pression qui augmente l’anxiété et la fatigue.
Exemples à éviter
« À ton âge, ta sœur savait déjà… »
« Tous les autres y arrivent. »
Lier systématiquement la valeur de l’enfant à la performance.
Comment faire autrement
Mesurer les progrès par rapport au point de départ de l’enfant.
Célébrer chaque jalon (même petit) et expliciter le chemin parcouru.
Fixer des objectifs réalistes, concrets et visibles.
S’appuyer sur les intérêts de l’enfant pour nourrir la motivation.
À retenir : la réussite se définit à l’échelle de l’enfant, pas à l’échelle des autres.
Ne pas utiliser de langage figuré sans explication
Pourquoi c’est problématique ?
Beaucoup d’enfants autistes interprètent le langage au sens littéral. Les métaphores, l’ironie et les sous-entendus ajoutent une couche d’ambiguïté. Le message se brouille, la relation se tend.
Exemples à éviter
« Il pleut des cordes », « avale ton assiette », « on file ».
Sarcasme ou ironie sans explicitation.
Consignes importantes formulées avec images et second degré.
Comment faire autrement
Privilégier un langage clair et concret.
Reformuler une image par sa signification (« on se dépêche » plutôt que « on file »).
Quand une métaphore est utile, l’expliquer.
Vérifier la compréhension par une demande de reformulation simple.
À retenir : clarté d’abord. Les nuances viendront plus tard, avec l’expérience.
Ne pas crier ni presser l’enfant
Pourquoi c’est problématique ?
La montée de stress coupe l’accès aux ressources utiles : compréhension, initiative, auto-contrôle. Crier ou presser déclenche défense, repli ou explosion.
Exemples à éviter
Donner une consigne en haussant le ton plusieurs fois de suite.
Multiplier les « dépêche-toi » sans aménager la tâche.
Accélérer les transitions quand l’enfant ralentit.
Comment faire autrement
Baisser la voix, ralentir le débit, espacer les consignes.
Prévoir des pauses de régulation quand l’intensité monte.
Amorcer l’action : démarrer avec l’enfant, puis se retirer.
Chronométrer sans menace : minuteur visuel, séquences courtes.
À retenir : calmer le contexte permet à l’enfant d’augmenter son contrôle.
Ne pas chercher à supprimer les stéréotypies
Pourquoi c’est problématique ?
Les stéréotypies (stims) sont souvent des stratégies d’auto-régulation. Interdire un stim non dangereux prive l’enfant d’un moyen de se stabiliser. Cela peut augmenter l’angoisse et mener à des comportements plus intenses.
Exemples à éviter
Stopper un balancement non dangereux « parce que ça se voit ».
Réprimander un battement de mains qui n’embête personne.
Punir une écholalie apaisante.
Comment faire autrement
Autoriser les stims sans danger.
Rediriger ceux qui posent un risque (coussin, objet à manipuler).
Aménager l’environnement pour réduire la surcharge.
Expliquer autour de soi, sans stigmatiser, ce que le stim apporte.
À retenir : le stim protège. Le remplacer n’a de sens qu’en cas de risque.
Ne pas forcer le contact visuel
Pourquoi c’est problématique ?
Le regard direct peut être douloureux ou trop intense. Le forcer n’améliore pas l’écoute. Il détourne l’attention du message et ajoute une contrainte inutile.
Exemples à éviter
« Regarde-moi quand je parle. »
Conditionner une réponse au contact visuel.
Interpréter l’absence de regard comme un manque de respect.
Comment faire autrement
Accepter que l’enfant écoute sans vous regarder.
Se placer dans le champ visuel sans exiger le regard.
Utiliser d’autres indices relationnels : voix, gestes, posture.
Évaluer la compréhension par l’action plutôt que par le regard.
À retenir : la connexion ne passe pas uniquement par les yeux.
Ne pas laisser l’enfant sans surveillance prolongée
Pourquoi c’est problématique ?
La perception du danger peut être différente. Un enfant calme n’est pas forcément en sécurité. Certains intérêts spécifiques ou explorations silencieuses exposent à des risques réels.
Exemples à éviter
Laisser un enfant seul longtemps dans une pièce « parce qu’il est tranquille ».
Oublier que le matin ou le soir, la vigilance fluctue.
Penser qu’un rappel verbal suffit à prévenir le risque.
Comment faire autrement
Adapter le niveau de surveillance à l’âge et aux compétences.
Sécuriser l’environnement : verrous adaptés, alarmes discrètes, rangement hors d’atteinte.
Mettre en place des routines de vérification.
Prévoir des activités sécurisées pour les temps d’attente.
À retenir : sécuriser et vérifier protègent l’autonomie plutôt qu’ils ne la limitent.
Ne pas forcer à manger des aliments rejetés
Pourquoi c’est problématique ?
La sélectivité alimentaire est fréquente et souvent sensorielle. Une texture, une odeur ou un mélange imprévisible peut être insupportable. Forcer à « goûter » peut créer une aversion durable et transformer les repas en lutte.
Exemples à éviter
« Tu ne te lèveras pas tant que tu n’as pas fini. »
Cacher un aliment rejeté dans un plat sans prévenir.
Faire des commentaires sur « les bons » et « les mauvais » mangeurs.
Comment faire autrement
Respecter les préférences actuelles tout en exposant doucement à des variantes proches (forme, cuisson, marque).
Dissocier découverte et repas principal : mini-dégustations ludiques hors pression.
Chercher des équivalents nutritionnels acceptés.
Impliquer l’enfant dans l’achat et la préparation pour augmenter la tolérance.
À retenir : l’objectif est un confort sensoriel et une variété progressive, pas la contrainte.
Ne pas baisser les bras
Pourquoi c’est problématique ?
Le découragement prive l’enfant d’occasions de progresser. Il installe l’idée que rien ne changera, alors que les ajustements répétés produisent des effets concrets.
Exemples à éviter
Arrêter toute démarche après un échec isolé.
Confondre lenteur et impossibilité.
Laisser une mauvaise expérience définir l’avenir.
Comment faire autrement
Fractionner les objectifs pour obtenir des réussites rapides.
Documenter les progrès (photos, notes, check-lists) pour les rendre visibles.
Demander de l’aide au besoin et ajuster la stratégie plutôt que d’abandonner.
Valoriser chaque pas, pas seulement le résultat final.
À retenir : la constance, plus que l’intensité, produit des changements durables.
Pourquoi savoir ce qu’il ne faut pas faire avec un autiste est essentiel
Éviter ces erreurs réduit la charge et les conflits. L’enfant récupère de l’énergie pour apprendre et explorer. Les parents gagnent en clarté et en sérénité. La relation devient un ressort au lieu d’être un frein.
De plus, un environnement prévisible, lisible et bienveillant n’est pas un luxe. C’est la condition d’un développement possible. Quand le cadre tient compte de la sensorialité, de l’attention et des fonctions exécutives, l’enfant peut s’engager et persévérer.
Vous n’avez pas besoin d’une perfection inatteignable. Vous avez besoin d’un cap clair, de gestes cohérents et d’une attention constante au vécu de l’enfant. En adoptant ces repères, vous transformez le quotidien : moins de luttes, plus de coopération ; moins de malentendus, plus de compréhension ; moins de tension, plus d’élan.
Les progrès d’un enfant autiste naissent de l’ajustement de l’environnement et de la constance de l’adulte. Vos choix d’aujourd’hui construisent sa confiance de demain. Ce qu’il ne faut pas faire avec un enfant autiste n’est ni une liste figée, ni un interdit de plus. C’est une grille de lecture qui aide à choisir, dans chaque situation, la réponse la plus respectueuse et la plus efficace. Elle permet à l’enfant d’exprimer son plein potentiel, à son rythme.
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Je suis AESH et je trouve cet article très intéressant car je me rends compte que je fais certaines choses qui sont apparemment à éviter. En lisant l’article je me suis dis que s’en m’en rendre compte je crée des situations de crise chez les certains des enfants autistes que j’accompagne. Merci beaucoup madame pour ce partage.
Toutes ces choses qu’on ne nous dit pas lors du diag sont tellement importantes