Écholalie : à quoi servent ces répétitions vocales ?
- Sonia Hamiane

- 3 mai 2025
- 3 min de lecture
Dernière mise à jour : 4 sept. 2025

L’écholalie est l’un des phénomènes les plus fréquemment observés chez les enfants autistes. Il s’agit de la répétition, immédiate ou différée, de mots, de phrases ou d’expressions entendues dans l’environnement. Ce langage "en écho" peut surprendre, déranger ou même inquiéter, surtout lorsqu’il semble déconnecté du contexte ou répété en boucle.
Et pourtant, autisme et écholalie sont souvent liés pour une raison simple : chez beaucoup d’enfants autistes, l’écholalie représente une forme naturelle d’accès au langage, un outil de régulation, ou encore un moyen de communication qui précède (ou accompagne) l’apparition d’un langage plus souple et spontané.
Des études récentes montrent que jusqu’à 75 % des enfants autistes utilisent l’écholalie de manière régulière. Cela ne signifie pas qu’ils "copient" sans réfléchir. Au contraire, ces répétitions remplissent des fonctions très précises, parfois invisibles à première vue, mais essentielles dans leur quotidien.
Pendant longtemps, on a considéré l’écholalie comme une forme de langage sans fonction, ou comme un symptôme à corriger. On sait aujourd’hui que c’est souvent un marqueur d’un autre chemin de développement langagier, qui mérite d’être compris plutôt qu’effacé.
Les différents types d’écholalie
Le terme “écholalie” recouvre plusieurs réalités. Elle peut être immédiate ou différée, communicative ou non, identique ou transformée.
Écholalie immédiate : répétition dans les secondes ou minutes qui suivent l’énoncé. Exemple : un adulte dit “Tu veux un gâteau ?” et l’enfant répète “Tu veux un gâteau ?” au lieu de répondre “oui”.
Écholalie différée : répétition d’une phrase entendue plus tôt, parfois des jours ou des semaines après. Exemple : une réplique de dessin animé rejouée bien plus tard.
Communicative : utilisée pour demander, répondre ou commenter.
Non communicative : répétée pour se calmer, se réguler ou revivre une séquence familière.
Non atténuée : reprise mot pour mot.
Atténuée : avec des changements d’intonation ou de mots, signe d’une appropriation progressive.
Ces distinctions permettent de mieux comprendre l’intention derrière la répétition et d’adapter l’accompagnement.
Les fonctions de l’écholalie
Loin d’être un langage vide, l’écholalie joue de nombreux rôles dans la vie de l’enfant.
Rester dans l’échange : répéter une question peut être une façon de prendre son tour de parole ou de signifier “oui”.
Exprimer un besoin : une phrase apprise dans un autre contexte peut être réutilisée pour demander quelque chose.
Se réguler : répéter une réplique connue aide à gérer le stress ou à se calmer.
Mémoriser et s’organiser : répéter une consigne permet de la garder active en mémoire ou de se guider dans une action.
Partager une émotion ou un souvenir : une phrase de film ou de dessin animé peut être utilisée pour exprimer ce que l’enfant ressent dans l’instant.
Chaque écho est donc porteur de sens, même lorsqu’il n’est pas évident à première vue.
Les écholalies issues de dessins animés, séries ou chansons
Chez de nombreux enfants autistes, les écholalies différées proviennent de supports audiovisuels : répliques de dessins animés, publicités, chansons… Ces phrases, répétées mot pour mot, deviennent une ressource verbale stable et rassurante.
Leur sens n’est pas toujours littéral : il peut être lié à la scène d’origine, à l’émotion vécue quand la phrase a été entendue, ou à ce que l’enfant cherche à transmettre dans le présent. Comprendre ces échos demande parfois une véritable enquête, mais cela révèle souvent des intentions profondes que l’enfant ne peut pas encore formuler autrement.
Le traitement gestaltique du langage
Pour certains enfants, les écholalies ne sont pas seulement des répétitions ponctuelles : elles traduisent une manière particulière d’accéder au langage. On parle alors de traitement gestaltique, ou traitement global du langage.
Dans ce mode d’apprentissage, l’enfant ne commence pas par des mots isolés mais par des blocs entiers de langage – issus de routines, d’interactions ou de sources audiovisuelles – qu’il réutilise tels quels. Avec le temps, ces blocs se découpent, se recombinent et laissent place à un langage de plus en plus spontané et personnel.
Reconnaître ce fonctionnement, c’est comprendre que l’écholalie est une étape naturelle, qui mérite d’être accompagnée avec bienveillance plutôt que corrigée.
Vous souhaitez approfondir ce sujet ? Le webinaire "Écholalies et Gestalt Language Processing : du sens derrière les mots" aborde en détail les différentes étapes du traitement global du langage, les fonctions des écholalies, et les pistes concrètes pour mieux comprendre et accompagner ce profil.




1 commentaire